Jardinothérapie : les étonnants bienfaits des plantes pour la santé

Plusieurs études l’attestent, s’entourer de plantes est bénéfique pour la santé aussi bien physique que mentale. Dr Jonquille vous fait un tour d’horizon des avantages de la jardinothérapie.

« Pourquoi Dieu a-t-il fait l’homme jardinier ? Parce qu’il savait qu’au jardin la moitié du travail se fait à genoux » disait Rudyard Kipling, le célèbre auteur du Livre de la jungle. Car il en faut de l’énergie et de l’humilité pour bêcher, semer, pailler, repiquer… Les fruits de ce dur labeur sont cependant particulièrement savoureux. Outre la satisfaction quasiment christique d’être parvenu à multiplier les pousses de basilic comme d’autres multiplieraient les pains, le jardinage permet également de vivifier les corps et les esprits. Décryptage des bonnes feuilles sur le sujet. Amen !

Méditer au jardin

Avoir son jardin secret c’est garder un refuge réservé à ses sentiments profonds. La métaphore est belle, mais surtout judicieuse. L’Eden est un espace paisible et merveilleux, en harmonie avec la nature et les animaux. Le jardin et la pratique du jardinage sont donc souvent associés à une quête de sérénité, de quiétude voire même de spiritualité.

Pas besoin d’attendre les jardins thérapeutiques, les vertus du jardinage avaient déjà été clairement identifiées dès l’antiquité. Les jardins romains par exemple faisaient la part belle au repos et au culte des divinités naturelles comme Flore (fleurs), Pomone (fruits et jardins) ou encore Vénus (beauté, végétation et fertilité). Reprenant les grands principes de ces jardins, les jardins de curé sont des espaces clos ou l’on cultive des variétés simples, aussi bien nourricières qu’ornementales. Leurs objectifs sont avant tout pratiques, nourrir le presbytère, mais aussi proposer un espace agréable et propice à la méditation. On retrouve cette invitation à l’éveil spirituel dans les jardins japonais. Véritable art, le jardin nippon se distingue par sa sobriété. Il représente une nature idéalisée en miniature pour offrir un véritable havre de paix à ses visiteurs. Le jardin japonais obéit à des lois précises d’organisation spatiale et emprunte de nombreux symboles aux courants de pensées bouddhistes et taoïstes (l’eau représente la pureté, les rochers peuvent à la fois représenter le mont Meru, Budha et ses disciples, la longévité et le bonheur en fonction de leur taille et de leur disposition…).

Jardinothérapie - Jardins Japonnais - Blog - Dr. Jonquille & Mr. Ail

Love, Peace & Harmony : Les plantes apaisent l’esprit

Cette liste non exhaustive montre qu’à travers les époques et les cultures le jardin a régulièrement été associé à des activités de méditation et de quête spirituelle. Il est en effet conseillé de s’entourer de plantes, leur presence réduirait les sensations de stress et d’anxiété et favoriserait la réflexion. Plusieurs études ont démontré les bienfaits d’une vue sur paysage naturel: les prisonniers en bénéficiant seraient moins sujets au stress et à des problèmes psychologiques alors que les enfants ayant grandi près d’un espace végétalisé auraient de meilleures capacités de concentration et d’auto-discipline. Le jardinage apportait d’ailleurs « calme patience et sérénité » au très frénétique Louis de Funes comme en atteste les archives de l’INA dans un reportage sur son jardin d’agrément :

Hortithérapie/jardinothérapie : Le jardinage pour guérir et progresser

Les plantes et les espaces naturels apaisent donc, mais une jardinothérapie, un véritable traitement par le jardinage est-il envisageable? C’est ce que prônent les adeptes de l’horticultural thérapy (hortithérapie), l’horticulture à but thérapeutique. Encadrée par un professionnel de santé, la culture des fruits et légumes, des fleurs, arbres et arbustes permettrait aux patients d’acquérir de nouvelles compétences et de stimuler les capacités cognitives. Travailler la terre, semer, planter permet par ailleurs d’améliorer la force musculaire, la coordination et l’équilibre. Souvent réalisées en groupe ces activités entretiennent le lien social. « J’essaie de les sensibiliser à l’autre et par le jardin c’est un très bon moyen; si on tire sur la fleur il n’y aura plus de fleur, si on marche sur la fraise elle sera écrasée… » rapportait Anne Ribes dans un reportage sur l’association Belle Plantes à propos d’enfants autistes qu’elle sencadre dans le cadre d’activités de jardinage.

La jardinothérapie, la thérapie par le jardinage s’applique très bien à la rééducation pour la diversité des activités physiques et cognitives. Ce type de thérapie est également pertinent pour le traitement des troubles psychologiques, le contact avec les plantes diminuant le stress alors que l’observation des plantes et des cycles de la nature développe l’attention et l’estime de soi.

Quels sont les dispositifs en France

A l’hôpital, en maison de retraite, en centre de rééducation…les initiatives en jardinothérapie sont multiples et variées (parcours sensoriels, ateliers de jardinage…). Il n’existe cependant pas de cadre officiel ni de formation en France contrairement aux Etats-Unis ou en Suède où la discipline est nettement plus normalisée. Il n’y pas non plus de règles formelles pour aménager un jardin thérapeutique, L’American Horticultural Therapy Association recommande cependant quelques bonnes pratiques :

  1. Organisation et planification d’activités régulières
    L’Association Belle Plante propose depuis 1997 des ateliers potagers-fleurs en milieu hospitalier. Ce type d’activité permet aux patients de progresser petit à petit dans un cadre apaisant et familier.
  2. Aménagement des espaces pour faciliter l’accessibilité
    Des allées bitumées ou un parcours fléché permettront aux personnes à mobilité réduite d’accéder au jardin, des tables et des aménagements surélevés faciliteront le jardinage en position assise.
  3. Un environnement confortable et sécurisé
    Des contours de jardin bien marqués, une signalétique, des zones spéciales d’activité sont suggérées pour diriger l’attention et l’énergie des visiteurs. On évitera évidemment l’utilisation de pesticides et le choix de plantes piquantes, urticantes ou allergènes.
  4. .Stimulation des cinq sens
    Tous les sens peuvent être mobilisés au jardin : L’odorat par le parfum des plantes aromatiques, la vue en introduisant des fleurs aux couleurs vives et aux formes variées, l’ouïe en incluant une fontaine ou une volière, le goût avec des plantes potagères comestibles et enfin le toucher par la texture des plantes et l’ajout de décorations minérales (sable, rochers…).

Le jardin apporte un apaisement fort utile aussi bien pour le traitement de pathologies lourdes que pour simplement s’aérer l’esprit. La dimension thérapeutique apporte alors un cadre bienveillant pour égayer l’hôpital et les espaces de soins, progresser, oublier la maladie et les difficultés du quotidien pendant quelques instants. Le jardinage c’est donc bon comme la romaine surtout quand on a en a gros sur la patate. On comprend mieux Louis de Funès…