Les papillons du jardin : attirer, reconnaître et recenser « les fleurs du ciel »

Le printemps, la meilleure période pour les semis, est aussi celle du grand retour de la biodiversité. Oiseaux, papillons abeilles, bourdons, papillons : la plupart sont déjà là, virevoltant au-dessus de nos pelouses fleuries. Parce que prendre soin de son jardin ne se limite pas aux semis et à l’arrosage, nous vous proposons de partir à la rencontre de cette petite faune qui nous accompagne durant nos séances de jardinage.

A travers plusieurs programmes de sciences participatives, le Muséum national d’Histoire naturelle nous met à contribution pour rendre compte de la biodiversité qui nous entoure. En plus d’aider les scientifiques à mesurer l’état de santé de ces espèces « communes » dans les espaces privés, vous apprendrez petit à petits à les reconnaître. Et à les accueillir ! Car un jardin vivant profite à tous : aux animaux certes, mais aussi à nos végétaux. Alors rangez définitivement vos produits phyto et ouvrez l’œil. Après les oiseaux du jardin, deuxième mission : le comptage des papillons.

Nos jardins, des oasis pour les papillons

Artificialisation des terres, fragmentation des habitats, changement climatique : les papillons, symbole de beauté fragile, souffrent particulièrement des perturbations liées aux activités humaines. De nombreuses études témoignent de leur déclin global : au niveau européen, l’abondance des papillons des prairies a chuté de 30% en 25 ans. En France métropolitaine, 16 espèces de papillons de jours sont en voie de disparition, 18 sont quasi menacés.

Et si une partie de la solution se trouvait dans nos jardins ? Ces derniers disposent en effet de deux choses nécessaires au papillons : de la nourriture et des abris. Le papillon adulte se restaure sur les fleurs dont il prélève le nectar. Il participe ainsi à la pollinisation, au même titre que les abeilles ou les bourdons. Pour pondre et cacher ses œufs, la femelle fait preuve d’une certaine exigence, ne choisissant que ses plantes dites « hôtes », dont se nourrira quelque-jours plus tard la chenille. L’hiver, la plupart des espèces mettront leur cycle en pause, généralement sous forme de chrysalide, accrochée à une tige ou camouflée sur le sol, en attendant les beaux jours pour reprendre la métamorphose. Certains adultes, comme le vulcain, survivent à la saison froide en s’abritant dans un grenier, sous les fenêtres, ou à l’extérieur dans du bois mort. Sans le savoir, vous assurez donc, chez vous, la pension complète aux papillons, et ce à tous les stades de développement.

Face aux agressions extérieures qui s’intensifient, les jardins deviennent de véritables oasis pour de nombreux insectes qui viennent s’y réfugier. Sachant que nos jardins privés composent une partie non négligeable des espaces verts, en ville notamment – 36 % à Paris ! – nous avons un rôle important à jouer dans la sauvegarde de ces petites fleurs du ciel.

Larve papillon machaon se nourissant dans un fenouil

Chenille de machaon sur une branche de fenouil

Les règles d’or pour attirer les papillons dans son jardin

Attention, un jardin en soi n’est en rien suffisant. Les papillons, comme de nombreux insectes volants, sont très vulnérables aux produits phytosanitaires : directement – par la toxicité des produits – et indirectement, dans le cas des herbicides qui les privent de nourriture et de refuge. Règle numéro un donc, bannissez les pesticides ! Selon une étude  menée par le programme Vigie-Nature en 2015, une réduction de 50 % de ces produits dans un jardin privé multiplie par deux l’abondance des papillons.

L’autre secret consiste à garnir le jardin de végétaux aussi divers qu’abondants. Tout en privilégiant les espèces nectarifères, et locales. Vous avez des doutes sur les graines à semer ? Les plantes à favoriser ? Eteignez votre ordinateur et promenez-vous autour de la maison. Identifiez les espèces sauvages qui attirent les papillons et tentez de reproduire ces écosystèmes chez vous. L’idéal est de ménager un carré « sauvage » à côté du potager, favorisant les plantes spontanées généralement riches en nectar et favorables aux papillons. La reine des plantes hôtes étant l’ortie, dont dépendent intégralement la Petite tortue, le Paon du jour ou encore du Vulcain. Ce dernier, comme bien d’autres, est très friand de fruits en décomposition tombés au sol et parfois même… d’excrément. Laissez donc vos pommes pourries se dégrader sous le pommier.

Papillon vulcain au jardin

Vulcain

Papillon petite tortue sur une fleur de tournesol

Petite tortue

Papillon Paon du jour au jardin

Paon du jour

Pour les plantes potagères, à vous de composer. Pour accueillir les piérides, ces petits papillons blancs très communs, soignez les Brassicacées. Comme leur nom l’indique, ce sera le chou pour la piéride du chou, le navet pour la piéride du navet. Vous voulez égayer votre jardin en accueillant le merveilleux Machaon ? Vous n’avez d’autres choix que de planter du fenouil, une des seules plantes à laquelle il est associée. Alors certes, les chenilles ne laisseront pas vos productions indemnes. C’est la modique rançon de leur sauvegarde. Et faites confiances aux insecticides naturels : si votre jardin est suffisamment riche et accueillant, insectes prédateurs, araignées et oiseaux insectivores se chargeront de limiter les dégâts.

Participez à l’Opération papillons !

Faire du jardin un paradis pour les papillons nécessite de passer un peu de temps à observer. Privilégiez le matin, lorsque les papillons font le plein d’énergie au soleil, immobiles, avant de voltiger de fleur en fleur. Quant aux chenilles, si vous ne les voyez pas directement, certains indices ne trompent pas : une feuille grignotée, repliée, des excréments… A savoir : une chenille ne ressemble généralement pas au papillon adulte. Intéressez-vous plutôt à la plante hôte et aux espèces associées. Après quelques séances à déambuler autour de vos plantations vous saurez enfin avec qui vous partagez votre lopin de terre.

Vous pouvez aussi participer à l’Opération papillons, un programme de science participative piloté par le Muséum national d’Histoire naturelle et l’association Noé conservation. Le principe est simple :

  • Toute l’année je compte les papillons de mon jardin
  • Pour chaque espèce je note le nombre d’individus maximum vus simultanément. Si besoin, je m’aide la fiche d’identification.
  • Je note le nombre de jours d’observation réalisés dans la semaine
  • Je note toute les semaines mes résultats sur le site https://www.sciences-participatives-au-jardin.org/edito/papillons

Grâce à vous, les chercheurs pourront améliorer les connaissances sur les papillons et comprendre l’impact de l’urbanisation, du climat ou encore des pratiques de jardinage sur les espèces. De votre côté, ces comptages vous permettront d’apprendre à reconnaître les papillons de votre jardin, à différencier le Tircis du vulcain, le Robert le diable du Machaon. A vous de jouer !

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