Qu’est-ce que l’agroécologie ?

Peut-on nourrir la planète de manière responsable et économique ? Pragmatique et direct, Dr Jonquille et son fidèle compagnon Mr. Ail décryptent les grands principes de l’agroécologie.

Qu’est-ce qu’un écosystème

Pour bien comprendre l’intérêt de l’agroécologie, nous allons nous attarder sur le concept d’écosystème. Un écosystème est un système formé par un environnement et par l’ensemble des espèces qui y vivent, s’y nourrissent et s’y reproduisent. Ce système s’autorégule, quand une plante ou un animal meurt des micro-organismes comme les vers de terre et les bactéries interviennent pour convertir la matière en nutriments directement assimilable par les plantes.

Quand l’agriculture déséquilibre les écosystèmes

Lorsque l’homme produit des plantes pour sa consommation il crée un agrosystème – un écosystème cultivé. Cette intervention déséquilibre l’ordre naturel – les plantes et le bétail sont extraient de leur environnement, ne se dégradent pas et donc ne permettent pas de régénérer les sols. L’application de procédés industriels à l’agriculture – monoculture, mécanisation et utilisation d’engrais et pesticides chimiques – a particulièrement intensifié cette instabilité. La production est boostée à court terme, mais à moyen et long terme les sols perdent en fertilité, l’air et les eaux sont pollués, les bactéries et micro-organismes du sous-sol périssent, la faune et la flore sauvage des milieux sont petit à petit détruits. L’agrosystème se développe donc bien souvent aux dépens de l’écosystème.

L’agroécologie pour réconcilier agriculture et environnement

L’objectif de l’agroécologie est de réconcilier l’agrosystème avec son milieu. Le dictionnaire Le Robert la défini comme « L’ensemble des méthodes de production agricole respectueuses de l’environnement. ». Pour produire, l’agriculteur va alors exploiter intensivement les ressources naturelles renouvelables (le soleil pour la photosynthèse, l’azote atmosphérique pour stimuler la croissance des végétaux…) et bannir l’utilisation d’intrants chimiques (pesticides en engrais). Il va par ailleurs assurer des services écosystémiques pour rééquilibrer le milieu en introduisant par exemple des chrysopes et les coccinelles pour réguler les populations de ravageurs, en plantant des arbres et en facilitant le développement de la flore indigène pour absorber le carbone de l’air et des sous-sols, pour protéger les sols de l’érosion et pour offrir des refuges à la faune locale. L’objectif de l’agroécologie est donc de rompre avec cette approche destructrice de l’agrosystème. La démarche est toujours productiviste, mais en limitant les impacts sur l’écosystème.

Quelle est la différence entre l’agroécologie et la permaculture ?

Pour l’agronome Marc Dufumier invité sur France Inter en octobre dernier la permaculture c’est « mon cours d’agroécologie pratiqué par des extrémistes ». En permaculture chaque m² est optimisé pour profiter au maximum de la photosynthèse, des interactions entre plants et des interactions avec la vie biologique. Par exemple en associant tomate, basilic et oeillet d’Inde on repoussera les nuisibles susceptibles d’attaquer la tomate et le basilic, on stimulera la croissance de la tomate et on augmentera ses qualités gustatives. En ce sens, la permaculture peut s’entendre comme une méthode d’aménagement et de planification alors que l’agroécologie est une science appliquant les principes de l’écologie à l’agronomie. Les deux disciplines se rejoignent sur de nombreux principes – favoriser la biodiversité, exploiter les ressources naturelles renouvelables, s’inspirer des écosystèmes naturels.

Des politiques plus ambitieuses sont nécessaires pour assurer la transition

Face à la pression démographique, l’appauvrissement de la fertilité des terres, la pollution des airs et des eaux et le réchauffement climatique, l’agroécologie apparait comme la seule alternative viable pour assurer la sécurité alimentaire mondiale de manière durable. Une aubaine pour l’agriculture qui devra cependant assurer une transition radicale pour tendre vers plus d’écologie. C’est dans ce contexte que le nouveau projet de la Politique Agricole Commune (PAC) de l’Union Européenne pourrait être entériné au printemps 2021 avec de nouveaux principes écologiques. Cette révision serait trop peu ambitieuse selon un rapport d’expert de l’INRA et d’AgroPariTech : « Les tendances passées montrent qu’il sera extrêmement difficile d’atteindre les objectifs climatiques et environnementaux du pacte vert pour l’Europe sans une inflexion substantielle de la politique agricole commune ». La commission européenne avait en effet dévoilé fin 2019 son Green Deal –pacte vert- avec des objectifs audacieux pour assurer la transition écologique de l’espace européen. Deux ans après peut-on parler de Green Washing plutôt que de Green Deal ? Les discussions à venir sur la nouvelle PAC permettront peut-être de répondre partiellement à cette question.

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