Qu’est-ce que la biodynamie ?

Permaculture, Agroécologie, Biodynamie, beaucoup de concepts à la mode qui permettent de marquer beaucoup de points au scrabble mais lorsqu’il s’agit de les différencier et de les placer dans une phrase cela peut vite devenir compliqué. Alors, accrochez-vous, Dr. Jonquille & Mr. Ail poursuit sa série de vulgarisation des concepts verts pour briller en société en s’attaquant aujourd’hui aux grands principes d’une discipline quelque peu polémique, la biodynamie.

La biodynamie pour les nuls

Très répandue outre-Rhin, du jardin à la ferme en passant par le vignoble, l’agriculture biodynamique tend à éveiller les passions. Parler de biodynamie avec des jardiniers c’est un peu comme parler de politique en famille, les avis sont très tranchés, un tantinet provocateurs, mieux vaut avoir quelques arguments pour justifier son point de vue.

Commençons simplement. Dans le mot biodynamie il y a le préfixe « bio », qui renvoie, à l’écologie, l’agriculture raisonnée, José Bové, tout ça tout ça…

Et on n’a pas tout à fait tort avec ce raisonnement, car l’agriculture biodynamique s’est construite en opposition à l’agriculture intensive. En 1924, en réponse à l’inquiétude d’agriculteurs face à l’industrialisation de l’agriculture et à l’utilisation de pesticides le philosophe Rudolph Steiner donna une série de conférences en Pologne pour proposer une alternative. Ces principes et cette démarche peuvent donc être considérés comme précurseurs de l’agriculture biologique notamment dans le rejet des intrants chimiques.

La biodynamie désigne donc un système de production agricole biologique. Là où cela se complique, c’est que ce système considère la terre comme un organisme vivant influencé par les rythmes de la nature et les rythmes lunaires et planétaires ! Sortez le périscope, on élève le débat et vous explique comment ça marche.

Une brève définition de la biodynamie

L’agriculture biodynamique se base sur une pensée philosophique considérant que la terre, les minéraux, les végétaux et les animaux fonctionnent comme un tout organique. Sur ce point, la biodynamie se rapproche de la notion d’écosystème que l’on retrouve en agroécologie en opposition à la vision industrielle et mécaniste de « l’agrobusiness ». L’idée est d’adopter une démarche systémique et régénérative dans les relations plante-eau–terre-vie du sol. La biodynamie va cependant plus loin en affirmant que les phénomènes naturels ne s’expliqueraient pas seulement par des phénomènes physiques et biologiques, mais également par l’influence de forces naturelles « suprasensibles » et cosmiques. À cet égard de nombreux académiques sont sceptiques sur l’efficacité de l’agriculture biodynamique, la discipline ne reposant sur aucun fondement scientifique, mais plutôt sur un ensemble d’expérimentations ancestrales et sur une pensée philosophique.

Voilà pour la théorie, en pratique la biodynamie est très concrète. Comme en permaculture ou en agroécologie la biodynamie encourage ses pratiquants à assurer une rotation des cultures et à produire des engrais verts. Comme en agriculture biologique l’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques est interdite. Là où l’agriculture biodynamique diffère, c’est qu’elle repose sur le calendrier lunaire pour dicter le planning de culture et nécessite la préparation de composts et de solutions à pulvériser complexes pour favoriser le renouvellement des sols :

Ref. Composition Intérêt revendiqué
500 Bouse de corne Participe au développement de la couche d’humus et favorise la fertilité et la biodiversité des sols
501 Silice de corne Accompagne le développement de la plante et a une action bénéfique sur la qualité alimentaire des produits
502 Achillée millefeuille Action sur la mobilité du soufre et de la potasse
503 Camomille matricaire Stimule la croissance et fortifie
504 Ortie Favorise la production d’humus
505 Écorce de chêne Renforce l’immunité des plantes
506 Pissenlit Action sur le processus de la potasse, du calcaire et de l’azote
507 Valériane Mobilité du phosphore et action anti-stress

Figure 1 – Les préparais en biodynamie – Demeter

Prenons un exemple de préparat régulièrement médiatisé (et parfois raillé comme dans l’exemple d’une chronique de Guillaume Meurice sur France Inter), la préparation 500. Elle consiste à intégrer de la bouse de vache dans une corne, à l’enterrer en hiver, à la ressortir au printemps et à la répandre sur le sol. Un compostage un peu particulier qui inclut l’utilisation de matière organique. Les rares études sur l’efficacité de telles techniques n’ont pas réussi à identifier de différences majeures dans la qualité du compost (Carpenter-Boggs et al. 2000) ou dans l’activité microbienne (Heinze et al. 2011 ; Reeve et al. 2011) entre une démarche en bio et en biodynamie. Elles n’ont pas non plus pu prouver que les aliments ou les vins produits en biodynamie se distinguaient par une qualité supérieure.

L’agriculture biodynamique en France

Bien qu’inspirée de la philosophie de Rudolph Steiner la biodynamie moderne se veut pragmatique et nombres d’agriculteurs ne versent pas nécessairement dans l’occultisme de son fondateur. Le calendrier lunaire ne fait d’ailleurs pas partie du cahier des charges du label Demeter, la certification mondiale la plus reconnue en biodynamie.

En France le label Demeter recense plus de 1000 adhérents. La biodynamie serait pratiquée sur environ 1% de terre agricole contre 9% en bio. L’agriculture biodynamique est particulièrement populaire chez les vignerons. De nombreux grands domaines s’y sont d’ailleurs convertis (Pommard, Romanée-Conti, Yquem).

Rudolph, la lune et le vin

Il est difficile aujourd’hui de prouver l’efficacité ou l’inefficacité de la biodynamie compte tenu du peu d’études scientifiques portées sur le sujet. La complexité des préparations représente cependant un coût supplémentaire en main d’oeuvre pour l’agriculteur. Les principes de Rudolph Steiner parfois très occultes lui donne une étiquette de « pseudo-science », mais la plupart des adeptes en sont très satisfaits. Car le viticulteur ou l’agriculteur en biodynamie n’a pas peur de passer plus de temps pour prendre soin de sa terre, de ses semences, de ses plantes et de ses animaux. Il souhaite avant tout se reconnecter avec la nature et traiter sa parcelle comme un organisme vivant, autosuffisant et qui s’auto-régule. Un vœu pieu, favorable à la biodiversité et à l’environnement qui vaut bien quelques planifications lunaires, cornes de vaches et préparations biologiques ? Le débat est ouvert !

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