Qu’est-ce qu’une semence paysanne ?

Semence “paysanne”, “ancienne”, “de conservation” ou encore “ de population”. Une multitude de termes plus ou moins synonymes pour désigner une sélection de plus de 10 000 ans façonnant nos paysages, notre alimentation et nos modes vie. Mais quel type de graines choisir pour son potager ? Pour clarifier le vocabulaire et mieux comprendre les enjeux du monde de la graine, Dr. Jonquille & Mr. Ail a explorer pour vous ce champ lexical. Les points à avoir en tête.

Semences paysannes, des graines locales et parfois anciennes

Selon le RSP (Réseau Semences Paysannes), les semences paysannes sont « issues d’une population ou d’un ensemble de populations dynamiques reproductibles par le cultivateur ». Ce sont donc des semences que l’on peut semer et récolter d’une année sur l’autre avec des rendements similaires pour pérenniser son approvisionnement en graine. Ce sont également des « populations dynamiques », qui auront tendance à évoluer dans le temps. Le concept de dynamisme est un point essentiel sur lequel nous reviendrons dans quelques lignes. Revenons plutôt à l’étymologie du terme « paysannes ». Ce mot dérive du vieux français « païs », le terroir, la région. La variété de pays a donc un ancrage local, régional. Avant les années 1950, la plupart des semences étaient des semences paysannes. On comprend mieux la construction de l’agriculture avec la dénomination de la variété par leur provenance géographique comme en témoignent la carotte nantaise et le melon charentais.

Explorons une autre appellation, la variété ancienne. Ici, on met plutôt en avant le « goût d’antan » de variétés autrefois iconiques, mais désormais méconnues. Un peu comme un chineur de vieux vinyles à la recherche du sample qui fera mouche, le jardinier amateur raffole de ces variétés de niches. À l’inverse de l’appellation « paysanne », le concept de variétés anciennes n’inclut pas une idée d’évolution, il renvoie plutôt à des qualités gustatives et nutritives supérieures en opposition aux légumes insipides de l’agriculture industrielle. Cette appellation fait notamment référence aux catalogues de grande maison semencière de la fin du XIXe siècle qui ont popularisé le concept de variété.

Graine paysanne - Blog - djma

Nous évoquerons une troisième appellation, la variété de conservation. Les variétés de conservation sont maintenues par des organisations dédiées à la préservation de la biodiversité agricole, elles permettent de conserver la diversité génétique de plantes cultivées tout en répondant au maintien des caractéristiques distinctes et spécifiques d’une variété (forme, couleur, goût…). On note ainsi toute l’ambivalence de l’utilisation de ces termes, le concept de variété de conservation ou ancienne excluant d’une certaine manière le dynamisme de l’évolution des populations paysannes. Pourtant, ces 3 appellations sont régulièrement utilisées de manière interchangeable.

La sélection massale comme point de départ

Le paysan est celui qui vit à la campagne en subvenant à ses besoins en pratiquant l’agriculture. Traditionnellement, toutes les semences étaient paysannes puisqu’elles correspondaient aux semences récoltées, conservées et ressemées d’une année sur l’autre. C’est la sélection massale. Cette technique est basée sur la sélection et la multiplication dans une population des individus les plus intéressants. C’est pourquoi on emploie également le terme technique de variété de population. Cette sélection est basée sur le phénotype c’est-à-dire à partir des caractéristiques intrinsèques de la plante mère (calibre, couleur, goût). Le phénotype est le résultat de l’expression des gènes de la plante en interaction avec l’environnement dans lequel elle a poussé. Les semences paysannes ont donc la capacité d’évoluer pour s’adapter à un environnement donné. Elles proposent des caractères complexes non dominants ou récessifs, ce qui leur permet d’avoir une grande diversité de gènes et d’évoluer avec leurs écosystèmes et les différents individus qui le composent (maladies et ravageurs notamment !).

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Les graines paysannes face à la législation européenne

Le catalogue officiel européen des espèces et variétés des plantes cultivées encadre et contrôle la production de semences. Pour être inscrites, les variétés doivent respecter des normes de distinction (semblables au visuel, ces plantes doivent se différencier par un ou plusieurs caractères), d’homogénéité (la semence doit produire des plantes similaires) et de stabilité (rendements constants). Ce système international permet d’encadrer, et de restreindre, les semences et leur utilisation sur le territoire national. Il a également amené à un appauvrissement progressif de la diversité génétique des semences utilisées par les agriculteurs (avec l’utilisation de variétés de lignées pures et d’hybrides F1). Il exclut à cet égard de nombreux cultivars de .semences paysannes peu homogènes ou peu stables, mais avec une capacité d’adaptation aux milieux très forte.

Au niveau légal, on parle de variété pour catégoriser les plantes présentant des critères communs en matière d’identification, d’homogénéité et de stabilité dans le temps là où le terme cultivar est plus générique et inclut aussi bien les variétés stables et homogènes que les semences de pays au patrimoine génétique hétérogène. Depuis 2022, les exploitants peuvent utiliser des cultivars de population non inscrits au catalogue et peuvent les vendre dans un cadre bien précis en termes d’étiquetage, de commercialisation et de traçabilité.

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Les semences paysannes face au dérèglement climatique

L’érosion de la diversité végétale des espèces est difficile à quantifier néanmoins il existe un consensus sur la nécessité de proposer des variétés de semences résistantes aux maladies, ravageuses et aux variations de la météo. La mondialisation et l’accélération du changement climatique font ainsi peser de plus en plus de menaces sur nos jardins et nos parcelles agricoles, en témoigne les épisodes de sécheresse, de gel printanier tardifs ou l’arrivée de nouveaux ravageurs (Tuta absoluta pour la tomate récemment).

Les semences paysannes sont pourtant un rempart efficace face à ces menaces. Elles possèdent un réservoir de gènes leur permettant d’évoluer conjointement avec leur environnement. La sélection de variété de populations par rapport à des hybrides F1 – en apparence plus productive et plus résistantes – permet alors de développer plusieurs gènes de résistance évolutifs en fonction de la mutation des pathogènes. Le champ des possibles est donc large en combinant des cultivars hétérogènes génétiquement avec des variétés de populations commerciales, anciennes et de conservation pour sélectionner de nouvelles variétés adaptées et adaptables à un sol, un climat, une faune et une flore bien spécifique, mais aussi aux mutations des écosystèmes. De quoi réconcilier les plantes domestiques avec la faune et la flore spontanée ? Probablement, mais seulement si on accepte de repenser le potager et l’agriculture comme un élément constitutif d’un système vertueux et non comme une ressource !

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